Un titre signé par l'État, mais invérifiable en ligne

J'ai reçu mon titre professionnel par la poste. Superbe papier, signé par l'État. Et pourtant, aucun recruteur ne peut le vérifier en ligne. C'est le chaînon manquant.

6 min de lecture
Par Daniel Assayag

La semaine dernière, j'ai reçu par la poste mon livret de certification : un titre professionnel du ministère du Travail, enregistré au RNCP, signé par le directeur régional de la DRIEETS par délégation du ministre. Un document officiel, avec ses blocs de compétences (les CCP) et un QR code dans un coin.

Puis une question toute bête m'est venue : si demain un recruteur veut s'assurer que ce titre est authentique, comment fait-il ? La réponse, aujourd'hui, est décevante : il n'a aucun moyen simple et fiable de le faire.

Le RNCP dit que le titre existe, pas que vous l'avez

On confond souvent deux choses. Le Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), publié par France Compétences, est un formidable référentiel : il recense les titres, leur niveau, leurs blocs de compétences, leurs certificateurs habilités. Ces données sont même en open data, et c'est ce qui alimente notre moteur de recherche.

Mais le RNCP décrit des titres, pas des titulaires. Il vous dira que le titre « Concepteur designer UI » existe bien. Il ne dira jamais que Daniel Assayag l'a obtenu. Aucun service public ouvert ne permet à un tiers de vérifier, en ligne et instantanément, qu'une personne détient réellement tel titre ou tel bloc.

Résultat : un titre bien réel repose sur un papier photocopiable, et un recruteur pressé se contente d'une ligne sur un CV. La fraude au diplôme prospère dans cet angle mort.

Ce qui manque : une preuve numérique vérifiable par tous

Le sceau de l'État existe sur le papier. Il n'existe pas dans le numérique. Ce qu'il faudrait, c'est qu'un titre puisse être vérifié par n'importe qui, sans appeler l'organisme, sur quatre points :

Qui l'a émis : identité et SIRET de l'organisme, vérifiés, pas un simple logo copiable.

Que rien n'a été altéré : le document scellé et horodaté, vérifiable même hors ligne.

Que le titre existe vraiment : croisement automatique avec le RNCP (niveau, dates, certificateur).

Quels blocs sont validés : la granularité des CCP, vérifiable bloc par bloc.

Ce que diplome.app fait déjà

C'est exactement la chaîne de confiance que nous avons construite. Chaque document émis via diplome.app dispose d'une page de vérification publique et d'un QR code : en un clic, un recruteur voit qui a émis le document (organisme dont l'identité peut être vérifiée), constate qu'il n'a pas été modifié (scellement horodaté conforme au standard RFC 3161), et retrouve le titre dans le RNCP avec ses blocs. Le PDF lui-même embarque sa preuve : il reste vérifiable hors ligne.

Nous avons aussi ouvert un moteur de recherche public du RNCP et du Répertoire Spécifique, pour retrouver n'importe quel titre, son niveau et ses blocs.

Vers un standard : Europass et le sceau électronique européen

La bonne nouvelle, c'est que l'Europe a déjà tracé la voie. Les European Digital Credentials for Learning (Europass) sont des attestations numériques signées par un sceau électronique (au sens du règlement eIDAS), compréhensibles et vérifiables dans tous les pays de l'Union, et déposables dans un portefeuille numérique. Demain, avec le portefeuille d'identité européen (eIDAS 2), présenter un diplôme vérifiable tiendra dans un geste.

Notre conviction : la vérification d'un titre ne devrait pas dépendre d'un coup de téléphone à l'organisme. Elle doit être numérique, infalsifiable et interopérable. C'est le sens de ce que nous construisons, et nous voulons le faire converger avec les standards publics (Europass, eIDAS) plutôt qu'à côté.

Le mot de la fin

Un titre signé par l'État mérite mieux qu'un papier qu'on ne peut pas vérifier. Rendre ce sceau vérifiable en un clic, pour le titulaire comme pour le recruteur, c'est le chaînon manquant. Il est temps de le combler.